Etablissement primaire et secondaire Cugy et Environs
08 mai 2025

“On est des reines …” Lisa 9VG3

Affalée sur mon lit, je retiens à nouveau mes larmes, des larmes qui illustrent ma différence. Je m’appelle Shérine, j’ai 13 ans, mes yeux brillent et mon cœur bat pour une fille. 

Demain une nouvelle journée de souffrance s’annonce pour moi, enfin souffrance … Est-ce le bon mot ? J’ai l’habitude d’arriver à l’école, de me faire couvrir de regards, et de questions indiscrètes, de me faire traiter de noms d’oiseaux, mais surtout de regarder ma Yana comme ils le font les gens de « Quatre mariages pour une lune de miel », sans pour autant qu’elle sache mon secret. Non, cela n’est plus de la souffrance, mais de la routine. Jérémie me harcèle, mais il ne sait même pas que j’aime Yana. Dans ces cas-là, elle me prend par la main, elle me répète que je suis super, qu’il ne faut pas l’écouter, mais c’est elle que je n’écoute plus, mon cœur bat tellement fort quand elle me touche que je ne l’entends plus. 

Seul mon chat sait mon secret : mes parents sont contre les différences d’orientation et ma meilleure amie… Je ne vais quand même pas déclarer ma flamme à ma meilleure amie ? Je vis dans le secret, personne ne sait rien, personne ne sait que les ciseaux sur mon bureau ne coupent pas que du papier, et que les marques sur mes bras, ce n’est pas mon chat, personne ne sait que je n’ose pas pleurer, même pas chez moi, personne ne sait que j’ai souvent envie de partir ! Encore hier, j’ai attrapé mes ciseaux et les a dirigés vers ma cuisse droite quand la sonnerie de mon téléphone a sonné et a sauvé ma cuisse du sang. 

C’était Yana qui voulait justement me demander comment ça allait. Elle a aussi ajouté qu’elle avait vu mon comportement se dégrader. Elle avait bien vu que ça n’allait pas. Après une heure de téléphone, je conclus en lui disant que j’allais bien. Oui … J’ai menti. C’est pas bien, mais je ne voulais pas qu’elle m’abandonne pour ça. Mais m’avait-elle déjà laissée pour quoi que ce soit ? Non, la réponse était non ! Je respire alors, et je l’ai rappelée.

– Hallo, Yana ? Oui, bah voilà, je… Je ne vais pas bien, j’en peux plus du harcèlement, de mes parents, de cacher mes sentiments, mais j’ai un secret, et je ne sais pas comment le dire !
Je me retenais de pleurer pour la énième fois.

– Ben, en fait, j’aime les femmes…

– Mais c’est super ! En tout cas, je suis contente pour toi, et je respecte totalement ! 

Je ne m’attendais pas à cette réaction, mais j’en suis contente.

– Oui, mais Jenny, je t’aime toi. 

Mais cette fois j’ai ri fort tout ce que je n’avais pas pu pleurer ces dernières semaines. Elle ne répondit pas pendant longtemps, trois minutes à peu près. Elle réfléchissait, sûrement, comment me dire qu’elle ne m’aimait pas ? Et effectivement, elle répondit :

– Riri, je ne veux vraiment pas que ça cesse notre amitié, mais moi, je, j’aime, les garçons !

– T’inquiète, je comprends, je m’efforçai de dire entre deux sanglots. 

Et voilà que maintenant j’en avais la certitude, je suis seule dans ma spirale. Qu’est-ce que je vais faire ! ? Qu’est-ce que je vais faire ! ? Mes parents ne m’accepteront sûrement pas et j’aime quelqu’un qui a dit non. J’arrive pas à l’effacer. Une si petite différence pourrait donc avoir un si grand impact ? J’appréhendais le lendemain de revoir Yana. Mais c’était malheureusement obligé.

Au moment où je pensais à elle, justement, mon téléphone sonna à nouveau.

– Shérine ? Écoute, je sais pas si tu vas être très contente, mais j’ai parlé de toi à une amie dans la même situation, dit-elle d’un air embarrassé.

– Lesbienne, tu veux dire ?

– Oui, elle s’appelle Noah, et je lui ai demandé si elle voulait te rencontrer.

C’est comme ça que, une semaine plus tard, je l’ai rencontrée. Rencontré une personne unique qui me prend au sérieux et me comprend. J’ai dû faire un travail infernal sur moi-même, mais Noah a réussi à me faire croire en moi. Elle m’a appris que ce n’était pas une différence mais une force et qu’on est des reines et que si on baisse la tête, on risque de faire tomber notre couronne.

Lisa, 9 VG3