Etablissement primaire et secondaire Cugy et Environs
08 mai 2025

“Notre différence, ce qui nous définit.” Julie 11VP2

 

C’était un soir d’hiver, dans un petit village à l’écart de la ville. La neige tombait à gros flocons et le soleil s’était couché, laissant apparaître des milliers d’étoiles.
Toutes scintillaient dans le noir du ciel. La lune avait la forme d’un croissant et semblait plus belle que jamais. Le silence régnait dans les rues de ce havre de paix.

C’était assises au petit coin du feu qui brûle dans la cheminée que Louna et sa grand-mère s’étaient installées. Une tasse de chocolat chaud encore fumante dans la main,
la petite fille contemplait les flammes qui brûlaient les bûches de bois fraîchement coupées. Louna était une pépite d’or, elle n’était âgée que d’à peine huit ans, mais elle
était déjà incroyable. Autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Elle avait de longs cheveux bruns clairs et bouclés. Ses yeux étaient pétillants et reflétaient la joie. C’était un
peu comme si elle avait des étoiles dans les yeux naturellement. Ses joues rosées la rendaient encore plus mignonne. Mais la réelle beauté de cette petite fille était son cœur. Elle avait un cœur tellement chaud qu’il pourrait réchauffer plusieurs mois d’hiver. Elle était déjà comme ça dès le début de sa vie. Toujours le sourire aux lèvres, elle adorait rendre visite à sa grand-maman chaque vendredi soir.

Ce soir, elles avaient regardé un film sur la télé certes un peu vieille de sa grand-mère. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, Louna trouvait que regarder des films sur cette ancienne télé les rendait encore plus magiques. Mais ce que l’enfant appréciait le plus faire en compagnie de sa grand-maman était simplement de discuter. Avec elle, elle se sentait en sécurité et osait parler de tout.

Étant fille unique, Louna n’avait personne à qui confier ses secrets et histoires. Lui parler était donc pour elle comme écrire dans un journal intime. Ce soir, elle souhaitait lui parler d’un sujet un peu spécial.

Dans quelques mois, la petite fille fêterait ses neuf ans. Comme les filles de son école, elle rêverait de faire une petite fête en l’honneur de cet événement. Malheureusement, un petit détail la tracassait. Louna n’avait pas vraiment d’amies. En effet, elle était un peu différente de ses camarades. Mais elle n’avait jamais compris pourquoi. Pourtant, il y avait ce petit quelque chose qui la rendait différente. Lorsqu’elle expliqua ce sentiment à sa grand-mère, celle-ci lui dit :

— Viens ma chérie, assieds-toi plus proche de moi. Prends cette couverture et installe-toi confortablement. Je dois te raconter une histoire.

Louna se blottit contre elle, prête à écouter attentivement cette histoire. Sa grand-mère reprit :

— Lorsque j’avais ton âge, j’étais dans une école presque pareille que la tienne. Une centaine d’élèves, de différents âges. Pourtant je me sentais souvent seule. À la récréation, je voyais mes camarades se rassembler, jouer, discuter et s’amuser. Moi je les regardais, un peu à l’écart. J’enviais toutes ces filles qui riaient ensemble chaque matin. Mais quelque chose me retenait d’aller leur parler. Je me sentais différente, pas comme elles. Je passais donc mes matinées seule, à rêvasser dans la cour. Finalement j’étais bien, là toute seule. J’étais libre de faire et de penser ce que je voulais. Mais malgré tout, la sensation d’être différente m’impactait quand même.

Au fur et à mesure que les années passaient, je restais toujours dans ma bulle, dans mon monde à moi. J’entendais les gens autour de moi parler de ma différence, et un jour, j’en ai eu marre, je ne voulais plus être seule aux récréations. Je me mis donc à changer petit à petit pour essayer de ressembler aux autres filles de mon âge. J’avais changé ma garde-robe, abandonnant les vêtements auxquels je tenais le plus. J’avais changé ma coiffure que j’adorais tant et avais même laissé tomber la lecture. En faisant cela, j’espérais me faire accepter dans des groupes d’amis. Mais au fond de moi, j’avais toujours cette différence. Je me comparais sans cesse aux autres et essayais de les imiter.

Finalement, cela avait marché. Je cachais ma vraie personnalité. Désormais je passais mes après-midis avec mes camarades. Mais malheureusement, je me forçais à faire des choses pour leur ressembler. Mais cela m’importait peu car les gens autour de moi avaient changé. Ils ne me parlaient pas de la même manière que lorsque j’étais « différente ».

Je trouvais ça fou de ne plus être comme avant car les gens avaient complètement changé avec moi. Un après-midi, en rentrant des cours, je vis un garçon tout seul à l’arrêt de bus. Connaissant ce sentiment, je m’étais approchée. Son visage était magnifique. Ses yeux me regardaient avec douceur mais ils exprimaient aussi son questionnement de pourquoi est-ce que j’étais venue. Je lui posai donc cette question :

— Salut, comment t’appelles-tu ?
— Euh, salut, je suis Pierre et toi ?

— Je m’appelle Françoise, enchantée. J’avais vu que tu étais tout seul donc je me suis dit qu’on pourrait rentrer ensemble.
— Avec plaisir, veux-tu venir chez moi après ?
— Oui, si tu veux.

Une fois arrivés chez lui, on alla dans sa chambre et on se mit à discuter. On s’entendait vraiment comme si l’on avait toujours été amis. Soudain, il m’avoua quelque chose. 

Avant que je change pour ressembler à tout le monde, il me regardait souvent et me trouvait joyeuse, jolie, etc. Il me demanda ensuite pourquoi est-ce que j’avais autant changé. Me sentant en confiance avec lui, je lui avouai tout depuis le début. Il m’écoutait avec un air passionné par ce que je disais. Lorsque j’eus fini, il me dit que je n’avais pas besoin de faire tout ça. Il me dit alors que chacun peut être comme il veut et que les autres ne devraient jamais juger cela. Ce garçon était vraiment quelqu’un de bien. Puis il m’avoua même qu’il était amoureux de moi. Mais il ajouta ceci :

— Je suis amoureux de toi, mais de la vraie toi. J’aime la fille que tu es au naturel, avec ta vraie personnalité. Je t’observais autrefois et j’adorais te voir rêver dans la cour, rentrer chez toi en sautillant, lire des livres que tu apprécies. Alors s’il te plaît, redeviens toi-même. Débarrasse-toi de ce masque que tu portes tous les jours. Tu es une personne formidable à ta façon.

Je restai sans voix. Ses mots étaient tellement beaux, il m’avait vraiment touchée. En réalité, je ne lui avais jamais dit mais j’avais remarqué qu’il était également souvent un peu seul. Cela nous faisait un point commun énorme et qui comptait beaucoup pour moi.

Après avoir parlé durant de longues heures, je me rendis compte qu’il m’aimait pour qui j’étais vraiment. Quand il me parlait, j’avais des papillons dans le ventre. Il me complimentait beaucoup et je le faisais aussi en retour. Il m’avait ouvert les yeux, on a beau changer à l’extérieur, notre cœur, lui, ne changera jamais. On est ce que l’on est. Le mot « parfait » n’existe pas, tout le monde est différent et c’est bien mieux comme ça. Ce sera toujours mieux de rester soi-même que de changer pour des normes sociales. Chasser le naturel et il reviendra au galop.

Les semaines passèrent et j’étais devenue sa petite amie. Je me sentais à nouveau moi-même, comme avant. Avec lui, j’étais naturelle, je riais normalement, sans transformer mon rire. Je m’habillais comme j’avais envie et je faisais ce que je voulais. Il m’encourageait chaque jour dans mes projets, mes envies, etc. Je ne trainais désormais plus qu’avec lui. C’était tant pis pour mes « amies » qui ne m’acceptaient pas comme je suis. Il m’avait fait m’accepter et m’aimer en étant la vraie moi. Certes, j’étais différente, mais à ses yeux, j’étais tout. Il aimait ma façon de parler, de rire, de faire les choses, enfin bref, il m’adorait avec mes différences. Plus le temps avançait plus je l’aimais et plus je me sentais bien avec moi-même. Il m’avait donné quelque chose que je n’avais jamais eu auparavant, confiance en moi. Désormais je m’accepte grâce à lui. Avec mes différences, qui sont en fait ce qui fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

Plus tard, j’eus un enfant, ta mère. J’étais restée toute ma jeunesse avec ce Pierre. Oui, oui, Pierre, le garçon que j’avais croisé par hasard à un arrêt de bus au collège. Mais après tout, pourquoi voudrais-je me séparer d’un homme aussi extraordinaire et inspirant.

Même lorsque je commençais à devenir vieille, il m’aimait toujours autant.

Donc ma chère petite fille, sache que les différences sont qui tu es vraiment et qu’il ne faut jamais changer pour les autres.
Ton grand-père m’a appris la chose la plus importante de ma vie : tu es unique. Et c’est le meilleur compliment que l’on puisse te faire. Tout le monde a ce petit truc en plus, et c’est ce qui rend chaque personne spéciale.

— Viens, mets ton manteau et tes bottes et suis-moi. La petite Louna sortit avec sa grand-mère. Elles se tenaient la main, entourées de neige, dans la nuit sous un ciel éclairé par des milliers d’étoiles. Elles s’assirent sur un banc et la grand-mère de la jeune fille pointa le ciel avec son doigt en s’exclamant :
— Tu vois cette étoile qui brille plus que les autres ? Elle est différente et pourtant c’est la plus belle de toutes. Sois cette étoile plutôt que de ressembler aux mille autres.

Louna, émerveillée, regarda sa grand-maman.
— Si moi je suis cette étoile, alors tu es la lune dans la nuit, dit-elle d’une voix douce.

Touchée, sa grand-mère la serra fort dans ses bras. Elle ajouta « brille toujours autant que tu le peux. »

Les deux restèrent un moment à contempler le ciel puis rentrèrent au chaud. Même s’il était bientôt vingt-trois heures, elles continuèrent à parler de tout et de rien pendant environ une heure. Aux alentours de minuit, la neige tombait encore plus fort et elles allèrent se coucher.

Louna se sentait plus légère et n’avait plus du tout peur de son anniversaire, de toute façon c’était décidé : elle le fêterait chez sa grand-mère ! Rien ne peut égaler le gâteau au chocolat qu’elles font ensemble. En plus de ça, sa grand-mère est sa meilleure amie pour la vie. Il n’y a rien de mieux que de rester avec les gens que l’on aime et qui nous aiment en retour.

La jeune fille s’endormit le cœur léger et rassuré. Elle avait le sentiment, dans les draps de cette maison, d’être entourée d’une carapace capable de la protéger de n’importe quel danger ou problème. Oui, c’était sûr, cette maison-là était différente.

Le jour de son anniversaire, elle reçut un des plus beaux cadeaux de sa vie, sa grand-mère avait en fait pris des photos et écrit dans un cahier à chaque fois qu’elle venait chez elle. Louna pouvait donc se replonger dans tous les meilleurs souvenirs de sa vie. À chaque fois qu’elle ne se sentait pas bien ou qu’elle ne pouvait pas rendre visite à sa « meilleure amie », elle relisait la dernière page qui dit :

« Être différent(e) n’est pas une mauvaise chose, cela signifie que tu es assez courageux/courageuse pour être toi-même. »
« N’aie pas peur d’être différent(e), aie peur d’être comme tout le monde. »
« Pour être incroyable et inoubliable, il faut être différent. »
« Tu as le droit d’être différent(e), de penser ce que tu veux et de faire ce qui te chante. »
« Si les gens ne t’aiment pas avec tes différences, ils ne méritent pas ton amour. »

Mais surtout, n’oublie jamais : Tu es unique. 💜

Je t’aime ma petite fille chérie. 💜

Signé : Grand-Maman

Fin !

Julie, 11 VP2